Présentation
Au nom de Dieu, Celui dont le nom préserve de tout mal sur la terre et dans le ciel, Lui qui entend et sait tout.
Au début de la semaine dernière, quelques amis m’ont dit : « Puisque tu es parmi nous après une longue absence, après les distances et les années qui nous ont séparés, retrousse tes manches comme autrefois dans ta jeunesse. Rassemble-nous un à un et emmène-nous loin de nos maisons pour profiter de ce qu’Ahfir ne possède pas, mais dont Ajeroud regorge. »
Puis ils ont ajouté : « Ajeroud a été violée. Nous voulons te montrer un autre endroit avant qu’il ne subisse le même sort. Cet endroit est Qomqom El Baz, près de Capouyaoua. »
Je ne souhaite pas parler ici du sujet du « jet ». Je préfère republier un article que j’avais écrit sur Saïdia dans l’ancien site « Ahfir Online », le 26 mai 2006, sous le titre Nostalgie d’Ajeroud.
Pourquoi vous proposer cet article aujourd’hui ? Parce que nous avons fait un détour par Ajeroud en nous rendant à Qomqom El Baz. Ce que nous y avons vu nous a attristés : les dégâts causés par Monsieur l’Immobilier, Monsieur l’Absence de Conscience et Monsieur « Moi d’abord, et après moi le déluge », comme l’a exprimé l’un de mes amis révoltés par cette triste situation.
Pour conclure cette introduction, je souhaite à tous, sans exception, un Ramadan béni. Que Dieu le renouvelle pour chacun dans la paix, les bénédictions, la santé et le pardon. Que Dieu accepte nos œuvres et les vôtres. Bon Ramadan à tous.
Abdelhakim Tasirart
L’article
Nostalgie d’Ajeroud
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Que la paix et les bénédictions soient sur Son noble Prophète.
Avant de présenter mon analyse personnelle du sujet, je souhaite exposer le point de vue des défenseurs de l’environnement concernant les conséquences du projet Fadesa à Saïdia.
Dès le départ, le gouvernement marocain a vanté ce projet, affirmant qu’il créerait des emplois importants dans la région, particulièrement à Saïdia, et qu’il contribuerait au développement de l’ensemble de la région orientale.
Cependant, ce projet a suscité de nombreuses critiques. Les membres de plusieurs organisations environnementales non gouvernementales ont estimé qu’il mènerait inévitablement à une catastrophe environnementale et économique sans précédent. Un responsable de l’association « Homme et Environnement » est même allé jusqu’à proposer de remplacer le mot « Fadesa » par « Scandale », au vu des nombreuses irrégularités constatées avant, pendant et probablement après la réalisation du projet.
Les opposants dénoncent notamment le non-respect des lois marocaines et internationales relatives à l’environnement et aux études d’impact. Ils soulignent que le site constitue un refuge d’importance mondiale pour de nombreuses espèces animales. À cela s’ajoute le problème de la gestion de l’eau potable : les terrains de golf et les piscines seraient alimentés en eau douce, aggravant ainsi les difficultés déjà rencontrées par certaines villes de la région. Enfin, une forêt entière a été détruite ainsi que les dunes de sable qui constituaient une protection naturelle contre les marées et les inondations futures.
Certaines personnes se laissent impressionner par les transformations visibles à Saïdia et concluent que la ville deviendra bientôt une station touristique moderne comparable aux grandes destinations de la Méditerranée.
Les plus lucides envisagent toutefois l’avenir autrement. Leur vision s’appuie notamment sur la mémoire des anciens. Il suffit qu’ils prononcent un seul mot pour réveiller tout un passé : Ajeroud. C’est l’ancien nom de Saïdia. Son évocation fait surgir ses paysages disparus et nourrit la nostalgie.
Ils se rappellent également le marché du dimanche, la simplicité de la plage où une frontière symbolique séparait les espaces des hommes et des femmes, ainsi que ce littoral qui se prolongeait sans se soucier de la frontière maroco-algérienne. Les habitants d’Ajeroud et ceux de Port-Say se considéraient comme un seul peuple. Comme les poissons de la mer, ils circulaient librement entre les deux pays, sans passeport ni contraintes.
Puis viennent les souvenirs du camp de vacances, des rencontres, des amitiés et même des disputes qui se transformaient rapidement en sujets de rire et de bonne humeur.
D’un point de vue sociologique, l’auteur rappelle l’analyse d’Ibn Khaldoun selon laquelle plus une ville devient riche et importante, plus ses valeurs morales risquent de se dégrader. Selon lui, les stations touristiques favorisent certains comportements qui finissent par influencer négativement une partie de la population locale. Il craint également l’apparition de deux villes en une seule : celle du peuple et celle des privilégiés, fréquentée par une élite fortunée.
La perspective religieuse rejoint cette inquiétude. L’auteur estime que ce type de complexe touristique pourrait devenir un lieu propice aux relations illégitimes, à la consommation de drogues, aux boîtes de nuit et aux bars. Selon lui, ces pratiques seraient tolérées au nom des bénéfices économiques du tourisme, au point que l’intérêt économique finirait par prendre le dessus sur les principes religieux.
Cette notion d’intérêt général conduit à une réflexion économique. À court terme, nul ne nie que le projet puisse générer des emplois et dynamiser l’économie locale. Mais à long terme, il encouragerait avant tout la consommation. Certains penseurs considèrent que la société de consommation occidentale a atteint un niveau excessif et que ce modèle tend à s’imposer partout, entraînant progressivement la disparition des spécificités culturelles des peuples. L’être humain consomme désormais davantage pour satisfaire ses désirs que ses besoins réels.
Mes chers amis, Saïdia ressemble à une jeune fille simple et pure. Tous les jeunes honnêtes l’aimaient et rêvaient d’elle. Mais son père décida autrement et l’offrit à de riches étrangers venus de loin. Chacun y prit sa part, puis un jour elle se retrouva offerte à tous. Certains chercheront à se venger, d’autres resteront fidèles à leur amour sincère. Ceux-là sont les véritables amoureux d’Ajeroud.
Par sa simplicité, Ajeroud était une ville de concorde. Elle faisait le bonheur du pauvre, du voyageur et du citoyen ordinaire. Même l’agitation estivale ne la dérangeait pas. La Saïdia de Fadesa, avec ses constructions et sa richesse, réjouira une minorité mais frustrera une grande partie de la population, notamment les jeunes.
Cette nostalgie d’Ajeroud me rappelle celle du poète préislamique Tarafa Ibn Al-Abd pour sa bien-aimée Khawla. À son exemple, je dirai :
« D’Ajeroud subsistent des vestiges à Barka Tanger,
semblables aux traces d’un tatouage visibles sur le dos de la main. »
Fin
Abdelhakim Tasirart
Paris, le 22 mai 2006

