Il est 9h30 du matin…
Si Yahya, retraité, entre dans son café habituel. Il lance au serveur :
« Un thé à la menthe sans sucre, s’il te plaît. »
Puis il s’installe à sa table habituelle, dans le coin.
Il sort son téléphone, se connecte au Wi-Fi, ajuste ses lunettes de lecture.
Comme chaque matin, il consulte sa page Facebook.
Que disent-ils ?
Qu’ont-ils publié ?
Qu’ont-ils commenté ?
Y a-t-il du nouveau ?
Il ouvre Facebook et écrit :
« En tant que Marocain, j’annonce ma mobilisation totale derrière la haute direction du pays afin de défendre l’intégrité du territoire national. »
Ensuite, il ouvre une application d’intelligence artificielle.
Une telle publication mérite une photo.
Il génère donc son portrait en uniforme militaire, avec le drapeau national en arrière-plan.
La publication est prête.
Texte et image sont désormais visibles sur son mur Facebook.
Les internautes commencent à la consulter.
Le serveur apporte la théière.
Les mentions « J’aime » 👍 pleuvent.
Les cœurs ♥️ se multiplient.
Les commentaires arrivent :
Premier commentaire :
« Nous sommes tous des soldats mobilisés contre les ennemis de l’intégrité territoriale. »
Deuxième commentaire :
« Vive le Royaume du Maroc ! »
Troisième commentaire :
« Qui parle trop devra prendre son médicament. »
Quatrième commentaire :
« Le Sahara est dans son Maroc, et le Maroc est dans son Sahara. »
…
Si Yahya est fier.
Il commence à verser son premier verre de thé, laissant apparaître la mousse et les bulles caractéristiques.
Soudain…
Son téléphone sonne.
Chose inhabituelle.
C’est son fils Karim, qui l’appelle d’Espagne en visioconférence via WhatsApp.
« Bonjour mon fils. Tout va bien, Karim ? »
Karim est l’aîné de ses enfants.
Il a émigré en Espagne avant l’été de cette année.
Depuis son arrivée, les difficultés s’accumulent : pas de travail, pas de logement, pas d’argent.
Karim fond en larmes et se plaint à son père.
Si Yahya arrête de boire son thé.
L’appétit lui coupe net.
« Papa… il n’y a plus rien à faire. Je veux rentrer. La vie ici est trop difficile. Je n’ai même pas un endroit où dormir… »
Si Yahya se met en colère.
Tout l’argent et tous les efforts dépensés pour faire partir son fils à l’étranger, il refuse de les voir réduits à néant.
La tension monte.
Il crie dans le téléphone :
« Tu n’es pas un homme ou quoi ? Tous ceux de ton âge se débrouillent ! Tu ne vas quand même pas revenir, espèce de… ! »
Puis il raccroche brutalement au nez de son fils en pleurs.
Ensuite, il retourne à son verre de thé.
Et à sa publication Facebook.
Entre-temps, les mentions « J’aime » et les commentaires ont encore augmenté.
Le dernier commentaire dit :
« Le message est bien passé… Vive la patrie ! »
Par Mounir El Ghiouani
07/11/2026

