La période de présence des coopérants français parmi nous, durant les deux décennies qui ont suivi l’indépendance, a été marquée par une atmosphère de calme, de coexistence et de contribution positive dans le domaine de l’éducation.
Leur passage au collège d’Ahfir a laissé de nombreux souvenirs agréables. À cette époque, ils représentaient une part importante du corps enseignant et assuraient principalement l’enseignement du français, de l’histoire-géographie, des mathématiques, de la physique-chimie et des sciences naturelles.
Je tiens à souligner que mon impression générale à leur égard était largement positive. La plupart d’entre eux étaient compétents, sérieux et consciencieux dans leur travail. Leur statut de ressortissants d’un pays anciennement colonisateur n’avait aucune incidence sur la qualité de leur enseignement ni sur la nature des relations humaines que nous entretenions avec eux.
Cependant, un point m’a toujours intrigué : ils ne semblaient jamais apprécier l’idée de résider à Ahfir.
Était-ce parce que les habitants ne voyaient pas d’un bon œil cette cohabitation ? Ou, au contraire, parce que ces enseignants éprouvaient une certaine réserve, sans raison évidente, à l’idée de vivre au sein de notre communauté et de notre environnement local ?
Quoi qu’il en soit, ces coopérants préféraient s’installer à Saïdia, malgré les déplacements quotidiens entre les deux villes.
Saïdia a toujours été le lieu de résidence des enseignants français travaillant au collège d’Ahfir. La ville leur offrait le confort et les loisirs qu’ils recherchaient, ainsi qu’un cadre de vie proche de celui auquel ils étaient habitués dans leur pays.
Ils y trouvaient diverses activités sportives et culturelles : football, volley-ball, tennis, pétanque, tournois de cartes (belote, poker…), ainsi que des soirées animées par la musique, la danse et toutes sortes de divertissements.
On comprend donc aisément les raisons profondes qui les poussaient, eux et leurs familles, à choisir Saïdia plutôt qu’Ahfir, cette petite ville paisible, respectueuse et accueillante.
Ahfir a toujours été un centre urbain calme, parfois jusqu’à la torpeur, habité par une population attachée aux valeurs de respect, de coexistence sereine et de tolérance envers l’étranger — à condition que cette attitude soit réciproque.
Il est intéressant de comparer cet esprit ouvert et bienveillant avec ce que l’on observe parfois dans certains pays occidentaux, où l’étranger est accueilli avec crispation, méfiance ou agacement.
Amar Bellahssen – Kénitra, 19 avril 2010
