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Le chanteur ahfiri Ahmed Tahri « Banjo » et Rachid Nini dans le « Qabbouz » (la prison), et que dire du Qabbouz…

Dans une interview réalisée par le site Ahfir-Europe avec le célèbre chanteur d’Ahfir, Ahmed Tahiri, surnommé « Ahmed Banjo », un passage a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit d’un événement survenu dans les années 1980 : son refus de participer gratuitement à une cérémonie nationale organisée à l’occasion de la Fête de l’Indépendance.

Selon son témoignage, lui et les membres de son groupe furent conduits devant le grand caïd, qui dirigeait alors la ville d’Ahfir. Celui-ci aurait ordonné aux auxiliaires d’autorité de les emprisonner pendant trois jours dans une « zriba » (enclos). En agissant ainsi, il les considérait davantage comme un troupeau de moutons que comme un groupe musical, pourtant comparable dans son ambition artistique à Nass El Ghiwane. Une telle attitude ne leur accordait ni la dignité humaine ni la considération due aux artistes d’Ahfir.

Cette mentalité de domination, de répression et de contrôle du citoyen possède des racines anciennes et profondément enracinées. À cette époque, toute personne qui osait dire non au caïd ou au cheikh était immédiatement soupçonnée d’être contre l’État ou contre le Roi, ce qui était faux. L’intimidation et la menace constituaient alors les principaux instruments de l’autorité.

Le caïd de cette époque semblait oublier que la Fête de l’Indépendance symbolise justement la liberté, l’émancipation et la rupture avec les chaînes du colonialisme. Pourtant, il fit emprisonner ces artistes de manière injuste, en contradiction avec les droits humains et les principes de justice.

Ainsi, après s’être libéré d’un colonialisme extérieur, le citoyen se retrouvait confronté à une forme de domination intérieure exercée par certains responsables limitant les libertés individuelles. C’est ce qu’aurait vécu le groupe Salam d’Ahfir, considéré comme l’un des premiers groupes musicaux de la ville.

L’auteur rappelle ensuite la célèbre parole du calife Omar Ibn Al-Khattab :

« Depuis quand réduisez-vous les hommes en esclavage alors que leurs mères les ont mis au monde libres ? »

Une maxime vieille de quatorze siècles qui incarne le respect de la dignité humaine, mais qui, selon l’auteur, n’était pas appliquée par certains responsables de cette période.

Le texte souligne également que la peur demeurait profondément ancrée dans les mentalités. Ahmed Banjo évoquerait cet épisode avec calme et détachement, comme s’il s’agissait d’un fait ordinaire. L’auteur s’interroge alors : comment espérer le changement si l’on accepte l’injustice, l’humiliation et la soumission ?

Selon lui, Ahmed Banjo semble encore marqué par l’esprit des années 1980, alors même que le Maroc de 2012 connaît de nouvelles revendications démocratiques inspirées par le Printemps arabe. Il oppose ainsi l’esprit de résignation à la célèbre formule :

« Si un jour le peuple veut vivre, le destin devra répondre à son appel. »

S’adressant directement à Ahmed Banjo, l’auteur précise que son objectif n’est pas de l’attaquer, mais d’analyser son discours, conformément à sa formation universitaire.

L’article poursuit en affirmant que si les artistes comme Nass El Ghiwane ont subi la répression dans le passé, d’autres formes de répression continuent aujourd’hui à toucher les écrivains, journalistes et intellectuels, qu’il considère comme des artistes de la plume et de la pensée.

C’est dans ce contexte qu’il évoque le journaliste Rachid Nini. Le mot « Nini » rappelle, selon l’auteur, les berceuses que les mères chantaient autrefois pour endormir leurs enfants. Cette image est utilisée pour dénoncer une volonté de faire taire les voix libres réclamant davantage de liberté et de dignité.

L’auteur critique l’emprisonnement de Rachid Nini pendant une année, estimant qu’il visait à réduire au silence une voix critique et à empêcher le réveil des consciences. Selon lui, une telle répression ne fait que renforcer la force de la parole et de l’écriture une fois la liberté retrouvée.

Enfin, il rappelle que le chef du gouvernement marocain Abdelilah Benkirane avait déclaré après les élections législatives du 25 novembre que la place de Rachid Nini était auprès de sa famille. L’auteur exprime alors l’espoir de voir triompher la liberté d’expression et appelle à la libération de tous les détenus politiques, qu’il considère comme une exigence humaine et un droit fondamental.

 

H. Dkhissi

2010

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