Tu nous as dérangés, ô pluie, exactement comme nous dérange un invité cher et respecté lorsqu’il prolonge son séjour au-delà des jours traditionnels de l’hospitalité.
Aujourd’hui, après que tes eaux ont retrouvé leur cours naturel et que nous avons enfin poussé un soupir de soulagement, nous te présentons nos excuses pour tout ce que nous avons dit à ton sujet, en ta présence comme en ton absence. Ton cœur est grand, ne nous en tiens pas rigueur ; ce n’était qu’un moment de colère passager et stupide.
Tu es comme un invité précieux dont nous souhaitons la visite, mais dont l’arrivée finit par nous inquiéter parce que nous ne disposons pas de suffisamment de moyens pour l’accueillir : ni protection contre le froid, ni couverture sanitaire, ni assurance digne de ce nom.
Comment ne pas nous mettre en colère contre toi alors que tu dévoiles tout et mets tout à nu ? Tu révèles les failles de nos routes, de nos canalisations et même le niveau de compétence de nos ingénieurs. Te voilà alors accusée de manquer de neutralité et de prendre parti pour l’opposition.
Toi qui apportes l’espoir, te voilà accusée de couper les routes, de détruire les habitations précaires et même de tuer. Pourtant, en réalité, tu n’es ni seule responsable ni véritable coupable.
Nous t’accusons de faire disparaître les taxis à ton arrivée, oubliant que tu fais aussi apparaître les escargots.
Nous ne sommes jamais satisfaits des récoltes que tu fais naître, oubliant que tes gouttes ne suffisent pas sans être mêlées aux gouttes de sueur des hommes.
Pardonne-nous ce que nous avons dit. Nous n’étions pas habitués à une telle quantité de pluie : 208 mm selon Ahfir Europe et 120 mm selon les autorités. Bien que j’aie tendance à me ranger du côté des autorités, je leur reproche tout de même de publier le volume des précipitations sans publier les pertes… pardon, leurs pertes.
Merci aux bénévoles. Merci également, même s’il n’y a pas lieu de remercier quelqu’un pour avoir accompli son devoir, aux autorités, à la municipalité et à la commune rurale pour leurs efforts. Et encore une fois, excuse-nous, ô pluie.
Autres nouvelles ayant coïncidé avec la pluie :
Un meurtre à Zaïdour rappelle qu’une grande partie de la criminalité naît dans les quartiers défavorisés et se développe dans les prisons, véritables centres de formation gratuits, d’où certains sortent prêts à tout pour une cigarette et un quart de bouteille de Ricard.
Dans le parti du Rassemblement National des Indépendants (RNI), le dernier arrivé finit par en devenir le président.
Lalla Sakina rompt ses fiançailles.
Par Jelloul
2010
