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Que Dieu ait Son âme en Sa miséricorde, Boukmakh

Il y a 26 ans, j’avais 26 ans. À cette époque, ma mission d’enseignant à Ahfir prit fin après six années passées dans son collège. Officiellement, je suis resté dans le corps enseignant, mais dans les faits, je considère que ma véritable carrière d’enseignant s’est arrêtée à ce moment-là. Je n’ai plus eu le sentiment d’ajouter ne serait-ce qu’une goutte d’eau à l’océan de l’éducation. Ce n’était pas faute de travailler : il y avait de la fatigue, du travail et des milliers de kilomètres parcourus entre Rabat, Marrakech, Laâyoune et Oujda, mais avec un rendement presque nul. Il s’agissait surtout d’assurer une présence, de noter les absences, tandis que les élèves écrivaient sans enthousiasme, sans motivation et avec peu d’acquis. Rien à voir avec les années passées à Ahfir, marquées par un grand enthousiasme et de bons résultats.

J’ai enseigné à environ 1 000 élèves d’Ahfir. La plupart sont aujourd’hui fonctionnaires ou cadres, et beaucoup sont devenus docteurs.

Je n’ai jamais rencontré l’un d’entre eux qui se soit plaint de ma paresse ou de mon injustice, à l’exception d’une femme qui a commenté mon avant-dernier article. Elle affirmait qu’elle était travailleuse et méritait la première place, mais que, faute de beauté ou d’un père riche, je l’avais reléguée au second rang. Voilà une preuve que mon injustice ne dépassait pas un seul rang !

Si j’écris cela aujourd’hui, c’est d’abord pour me faire valoir à l’approche des élections et ensuite pour comparer l’enseignement d’aujourd’hui à celui d’il y a un quart de siècle.

À cette époque, la rentrée officielle avait lieu le 1er octobre, mais la rentrée effective débutait le 1er novembre. L’année scolaire se terminait avant le mois de mai. Les vacances pouvaient durer jusqu’à quinze jours et la préparation ainsi que les festivités de la Fête du Trône occupaient près d’un mois. Malgré le peu de jours réellement consacrés aux études, ceux-ci étaient bénis et produisaient des résultats bien supérieurs à ceux d’aujourd’hui, sans cours de soutien supplémentaires.

Que s’est-il donc passé entre hier et aujourd’hui ?

Personnellement, je pense que le changement ne vient ni des enseignants ni des élèves, mais des programmes et des méthodes pédagogiques. Ils ont tellement changé que les parents eux-mêmes ne peuvent plus aider leurs enfants dans leurs révisions. Quant à moi, je ne suis pas convaincu par l’approche qui consiste à partir du tout pour arriver à la partie, ou du paragraphe vers la phrase, puis le mot et enfin la lettre. Je reste persuadé que l’apprentissage doit aller du simple au complexe, du facile au difficile, de la lettre au mot puis à la phrase.

Madame Latifa Laâbida, secrétaire d’État chargée de l’Enseignement, a déclaré que les programmes et les méthodes étaient bons et qu’ils ne présentaient aucun problème. Selon elle, le problème se situe dans la classe. En d’autres termes, les programmes seraient satisfaisants mais les enseignants ne sauraient pas les appliquer.

Personnellement, je suis d’accord avec elle. Mais, chère Latifa, puisque vous savez que nous ne savons pas appliquer vos méthodes, pourquoi continuez-vous à nous les imposer ? Mieux vaut des programmes ordinaires que nous savons appliquer que des programmes excellents que nous ne mettons pas en œuvre.

Elle a également déclaré :

« Nous appelons à la création d’associations de soutien à l’École de la réussite afin de mobiliser l’appui de la société à l’école et de promouvoir le travail dans le cadre de la culture du projet pour surmonter les difficultés, développer l’action éducative et améliorer la qualité des services pédagogiques. Le ministère, aux niveaux central, régional, provincial et local, œuvre pour soutenir les équipes éducatives. Il est également nécessaire de respecter le temps pédagogique et de revoir notre approche des pratiques éducatives. »

Fin de citation.

Et franchement, si quelqu’un a compris quelque chose à tout cela, qu’il me l’explique !

C’est honteux pour les responsables de l’éducation : c’est Boukmakh qui les a instruits, les a conduits à des postes importants et à de généreuses indemnités, et au final, ils critiquent son héritage… autrement dit, ils critiquent sa méthode pédagogique.

 

Par Jelloul

2009

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