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Les remplaçants des professeurs français

Après l’indépendance, les professeurs français quittaient le Maroc par vagues successives. Il y eut trois grandes campagnes de départ, auxquelles correspondirent trois campagnes de marocanisation de l’enseignement : la première en 1957, la deuxième en 1970 et la troisième en 1975.

Concernant la deuxième vague, je ne connais pas les enseignants français qui sont partis, mais je me souviens très bien de ceux qui les ont remplacés, car cette campagne a coïncidé avec mon entrée au collège. J’y suis entré accompagné de plusieurs instituteurs qui m’avaient enseigné à l’école primaire, notamment Si Bendahmane et Si Haïdar. S’y ajoutait également un grand nombre d’enseignants recrutés directement, sans formation préalable, parmi lesquels :

El Ghoul : il m’a enseigné les mathématiques avant de devenir inspecteur de français puis délégué de l’Éducation.

Mohamed Mellouk : il m’a enseigné les mathématiques, puis le service militaire obligatoire l’a emporté. Il est aujourd’hui professeur de français.

Mimoun Amari : il m’a enseigné le français avant de se reconvertir dans les sciences naturelles.

Hassani Abdelghani : professeur de mathématiques devenu ensuite cadre bancaire.

Mohamed Mir, père de Mounir El Ghiouani : professeur de mathématiques devenu ensuite employé aux Vacances, puis cadre dans une sucrerie.

Belaïd, Boumediene Mohamed, Mebchour, Harraq, et bien d’autres.

La troisième campagne vit le départ de Armon et de son épouse, Piester et de son épouse, Delbar et de son épouse, Boursiakel, Rodriguez, Coumier, Barraud, Marchix et d’autres encore. Ils furent remplacés notamment par les respectables enseignants Jelloul (moi-même), Lakhdar Bouali, Abdelaziz Bouali, Qaddad, Mansouri, Jbara, Ibrahimi, Zemmouri, Zarrouki, Othmane, etc.

Je ne cite ici qu’une partie de ceux qui furent recrutés directement.

Quant à mon propre recrutement, voici comment cela s’est passé :

En 1977, j’étais étudiant à l’Université de Rabat en biologie. Alors que je me dirigeais vers la gare de Oujda pour prendre le train vers Rabat, j’aperçus un groupe de jeunes faisant la queue devant un garage.

Je leur demandai :

« Qu’est-ce qu’on distribue ici ? Des cadeaux pour Achoura ? »

Ils me répondirent :

« Non, on distribue des postes d’enseignants ! »

Je me mis immédiatement dans la file.

Les titulaires du baccalauréat étaient affectés dans les collèges ou les lycées, tandis que ceux qui ne l’avaient pas étaient envoyés dans le primaire.

Quand arriva mon tour, le responsable me demanda :

« Quelle matière enseignez-vous ? »

Je répondis :

« Les maths. »

Il dit :

« Vous travaillerez à Taourirt. »

Je répliquai :

« Non, trouvez-moi plutôt les sciences naturelles. »

Il répondit :

« Alors ce sera Debdou. »

Je lui dis :

« Cherchez-moi de la géographie. »

Il répondit :

« Dans ce cas, Berkane. »

Je lui répondis :

« Ça ne m’intéresse pas. »

Il demanda :

« Alors, où voulez-vous aller ? »

Je répondis :

« Ahfir ou rien du tout. »

Il me dit :

« À Ahfir, il ne reste qu’un poste en physique. »

Je répondis :

« Donnez-le-moi ! »

Le jour même, je me rendis au collège et demandai au directeur à commencer le travail.

Il me regarda et me dit :

« Commence déjà par arranger cette chevelure en bataille ! »

 

Par Jelloul

2010

 

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