La photo de classe : 9. la délivrance
issamy
10/03/2018
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Actualités - Productions
Le dernier matin de l’année scolaire, le maître arriva munie de son mystérieux gros cartable, anormalement enflé au point d’avoir attiré l’attention de tous les gamins. Un cartable qu’ils identifiaient à l’ampleur des connaissances intellectuelles qu’ils attribuaient à leur maître. Plus le savoir de celui-ci était grand et important, plus son cartable devait être volumineux. Chacun des élèves y alla de ses spéculations quant à l’explication de la grosseur inhabituelle du cartable du maître. Toutes se focalisèrent autour de la photo de classe. Les uns disaient que les photos étaient grandes au point de gonfler à ce point le cartable, d’autres allèrent jusqu’à imaginer que les photos étaient encadrées et que ce sont les cadres qui donnèrent ce volume au cartable du maître. Celui-ci ordonna à ses ouailles qui s’étaient mis en rang deux par deux à entrer en classe, il rejoignit son bureau et leur ordonna de s’asseoir, ce qu’ils firent dans un silence qui traduisait beaucoup plus leur expectative, que leur souci d’être disciplinés. Il posa bruyamment le gros cartable sur son bureau, jeta un regard circulaire qui embrassa l’ensemble de la classe. Il constata la fébrilité des enfants, l’idée de l’aiguiser l’excita, il en sourit , néanmoins la pensée d’en finir rapidement avec les questions de ses élèves pour rejoindre au plus vite ses collègues en vue de sacrifier au rituel de thé devenu quotidien pendant ce mois de juin, l’emporta sur l’idée de se réjouir du fait de faire languir des enfants. Le maître sortit de sa serviette deux gros paquets rectangulaires emballés dans un papier cadeau scintillant, jeta un regard du côté de la rangée où se trouvaient Bachir et Mohammed, fixa ses derniers et arbora un sourire de satisfaction. Il sortit ensuite une grosse enveloppe jaune et la mit à côté des deux paquets. Il se racla la gorge tout aussi pour s’éclaircir la voix que pour mettre fin à des chuchotements qui s’enclenchèrent à la vue des objets posés sur le bureau. Quand le silence fut total il entama un échange avec ses élèves :
—«Alors, êtes-vous contents de pouvoir être en vacances?
Un o-u-i collectif, bruyant et allongé autant que le permit sa tolérance lui fut donné comme réponse. Alors, il continua à leur adresse:
—« l’année se termine et l’important ce n’est pas les vacances mais le résultat que vous aurez obtenu. Les bons élèves qui passeront au niveau supérieur partiront en vacances contents et leurs parents seront fiers d’eux, mais les autres, ceux qui n’auront pas réussi ils regretteront de n’avoir pas bien travaillé et leurs parents seront déçus de leur mauvais résultat. Bien, et maintenant, je vous dis que les deux meilleurs élèves de la classe ont été récompensé par un prix de l’administration. Ainsi, non seulement ils passent au niveau supérieur, mais reçoivent un joli cadeau.»

Quand les enfants entendirent le mot cadeau, leur regards se reposèrent avec insistance sur les deux paquets à emballage brillant et se tournèrent vers les bénéficiaires potentiels de cette distinction. Pressé d’en finir avec l’agitation que suscita cette nouvelle, le maître mit fin au suspense en appelant successivement Bachir et Mohammed à son bureau. Quand ceux–ci le rejoignirent sur l’estrade, il se leva de sa chaise contempla pendant quelques secondes les deux élèves puis leva le bras en leur direction en proclamant : «voici les méritants, applaudissez-les !». Ensuite, il prit les deux paquets et remit à chacun celui qui portait son nom. Les deux camarades remercièrent le maître et s’en retournèrent à leurs places, pleins de fierté. L’émotion qui les envahit se traduisit chez Mohammed par un large sourire et le rougissement de ses joues de grand bébé. Quant à Bachir, sa timidité le fit baisser ses yeux et n’exprimer sa joie que par un demi sourire, comme si cette récompense n’avait pas lieu d’être, car, pensait-il, il n’avait rien fait de particulier ; ce pour lequel on le récompensa n’était en réalité que l’accomplissement d’un devoir, qu’il devait, de toutes les façons remplir d’abord par égard à ses parents et ensuite envers lui-même.

Le maître constata ensuite que les regards de la majorité des élèves étaient fixés sur la grande enveloppe posée sur le bureau. Alors il écourta leur languissement en leur annonçant : «Et maintenant on va distribuer les photos.» Il décacheta l’enveloppe, mit la liste des élèves ayant payé sous les yeux et les appela chacun à leur tour conformément à l’ordre consigné dans la liste. Le brouhaha s’amplifiait au fur et à mesure que le paquet s’amenuisait. Certains gamins n’attendirent pas que le maître leur remette leur photo et prirent d’assaut celle du voisin pour s’y voir et se contempler. L’agitation atteignit son comble avec la remise de la dernière photo, alors le maître frappa mollement quelques coups de bâton sur le bureau et annonça à voix forte : «Ceux qui veulent apporter des gâteaux et des boissons cet après-midi peuvent le faire», puis il disparut rejoindre ses collègues pour la dernière séance de thé en ce jour du 30 juin.
Si Bachir n’était pas aussi comblé de bonheur que son camarade Mohammed, qui joignit le plaisir à l’honneur, le prix qui lui fut décerné lui permit de dépasser cette souffrance morale qui le tailladait à cause de la perte de l’occasion d’avoir la photo et surtout d’avoir gâché la peine que sa mère se fut donnée pour lui procurer les dix douros. Tahar, le fidèle ami, qui ne montra pas le moindre signe de jalousie, tendit la photo de classe à Bachir, qui la regarda longuement comme s’il essayait de se la fixer définitivement dans sa mémoire, puis hocha la tête, sans que son ami comprenne si ce geste traduisait l’amertume ou à tout le moins le regret de ne pas posséder le cliché ou le même sentiment de dépit qu’il eut lui aussi en contemplant la fameuse photo. En effet, elle était par rapport au nombre des enfants y figurant fort petite au point où les têtes des élèves n’y étaient pas plus grosses que certaines taches d’encre qu’il faisait sur son cahier quand il y faisait ses devoirs de classe. Bachir, qui eut la même réflexion se sentit apaisé. Il regarda tendrement son ami puis posa son regard sur le paquet lumineux, et lui dit : «Nous regarderons ensemble ce qu’il y a dedans dès que nous serons seuls dehors.» A la sortie, Mohammed les rejoignit son paquet fièrement brandi leur annonça, anticipant éventuellement leur demande : «Je ne peux pas ouvrir mon paquet sans la permission de mes parents. Cet après-midi, je vous dirais ce qu’il y a dedans...Bachir, toi aussi tu nous diras ce que contient le tien, n’est-ce pas?» A peine eut-il fini sa phrase, il disparut comme emporté par la bourrasque du bonheur qui l’enveloppait. L’esplanade de l’école s’éclaircît rapidement, les enfants excités de montrer la photo aux leurs y disparurent en quelques minutes. Tahar qui habitait à quelques dizaines de mètre de l’école indiqua à Bachir qu’ils pouvaient être tranquilles au coin de sa maison. Les deux amis tournèrent le dos à la rue et se mirent dans une position qui empêchait les regards indiscrets de se satisfaire. Bachir, décolla délicatement les bouts de scotch qui maintenaient l’emballage, puis ouvrit avec minutie le paquet. Ils y découvrirent des crayons de couleurs, deux crayons à mine, un taille-crayon, un double décimètre, un tube de dentifrice, qu’ils ne reconnurent qu’au dessin d’une dentition qu’il comportait (*) et dix-neuf billes de différentes couleurs. Ils s’émerveillèrent beaucoup plus à la vue des billes aux couleurs chatoyantes que du tube du dentifrice ou des accessoires d’écriture et d’apprentissage.

»»» à suivre
COMMENTAIRES

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samirdehmej
09/12/2018
.برنامج تيسير قد يحرم المئات من تلاميذ أحفير من الاستفادة بالمنحة المشروطة
samirdehmej
09/12/2018
الكلاب الضالة تغزو مدينة أحفير
samirdehmej
09/12/2018
انتصار عريض لاتحاد أحفير
abouyace
06/12/2018
نَـكّـَتْبـوا التــّاريـخ ؟
samirdehmej
07/12/2018
من قلب الحدث متابعة مباشرة لأحداث فرنسا صور