Cafés « maures »
archive_ahfircom
08/03/2018
0
1
0
369 LECTURES
Archive - Articles
Par Abdellah Louaradi

Le délice, les arômes , les roses, l’Eden, les chemins élyséens , que de sublimes qualités , des noms joliment niellés sur les fronteaux de nos boulevards.

un joli parcours de noms nous rappelant les étapes , les escales des oasiens, des hommes bleus sentant l’ambre et le mystère . des noms et des noms, pour qualifier des espaces , où s’entassent des têtes souvent noires, sirotant des noss-noss (café au lait), fumant en chœur, parlant tous au même temps, faisant pâtir des nos fumeurs, qui fument de rage , la tête entre les mains, pour créer un microcosme de silence, en sifflant une dose de café souvent noir, noir tasse, en essayant d’imiter des têtes blondes , en essayant d’être civilisé branché dans le modernisme . Alors on parle à voix basse en évitant de dévisager les autres par des balayages de 180 degrés.

De temps à autre des têtes blondes ou fausses blondes générées par la teinture et l’eau oxygénée pour ressembler à des « Roumiates » qui seraient venues du nord.

Des fois des rejetons, d’anciens côlons qui ont longtemps partagé le langage des «bougnoules», des mabouls sous le soleil de l’Oranie où les jolis terroirs se souviennent, du sang du feu, des larmes avaient coulé : déchirement, déracinement, miroirs identitaires brisés, tant d’histoires inachevées … Yasmina Khadra nous a raconté ce que le jour devait à la nuit, malheureusement Emilie est morte en emportant son chagrin d’amour avec elle. Morte sans raconter à la belle de Saint Jean venue au monde quelques années plus tard les séparations, la rupture qui était un drame nécessaire.

Des tables entourées par des carcasses, dégagent la fumée, des palabres, des palabres, ils cherchent le vide, le néant, passant leurs temps à discuter le sexe des anges et des fourmis.

Sans raison citoyenne aucune, ils occupent l’espace, le boulevard, la « Mdina » enfin le centre ville.

En horde criarde, tape à l’œil, ils envahissent les terrasses des cafés le long du boulevard, encombrent la zone réservée aux piétons qui galèrent pour se faire un chemin entre les chaises, entassées collées les unes aux autres et les bêtes mécaniques (cyclomoteurs et bicyclettes), faisant une seule pâte regorgeant de bruit et d’odeur de la cigarette souvent achetée en détail et grillée, en se concentrant sur une grille de mots fléchés et bien sur en sirotant la fameuse Noss_Noss.

Les discussions oiseuses, les paroles s’entrechoquent, dans un mouvement Brownien attisé par l’effet Aljazira, Messi et les sujets éternels : le crime, le sexe, l’adultère, et les faits divers. Ces discours puisent leur « âme » des journaux trottoir et de l’effet de transmission orale , l’oralité tant entretenue par nos conservateurs qui aiment beaucoup « Al qalqala et Al 3an3ana » ils ont dit , d’après foulane , pour reprendre les termes chers à Abou Abir.

En fait, rien n’a changé, au lieu d’attacher les mules et les ânes dans la cour carrée du foundouq, ils le refont avec leurs bêtes mécaniques, ils gênent énormément le passage.

Quel gâchis ! La vie citadine, la beauté de l’environnement … pour une autre génération, peut –être ?
Buveurs de noss-noss, fumeurs collectifs, liseurs de journaux , à l’œil bien sûr , les quotidiens lus et relus à force d’être feuilletés ils deviennent chiffons …

Ils toussent à volonté, éternuent, en prenant soin de tourner la tête vers la table d’à côté pour lâcher la bombe virale de souche automnale sur les voisins … à vos mouchoirs !

Ils s’étirent les mains, derrière la tête comme un pâtre des hauts plateaux tenant sa canne et scrutant l’espace infini couvert par le froid et la solitude. En faisant ce geste ils crucifient la liberté des autres.

Par des gestes « raffinés », ils éloignent leurs cigarettes pour enfumer, empoisonner les voisins, ils sont libres, ils ont payé, drôles de pollueurs payeurs !
Bref, des fumoirs, des parloirs …

Ils s’ameutent par instinct grégaire, mangent des pépites et des cacahuètes en jetant les restes par terre ; tout en tenant leur logorrhée quotidienne.

Les débris des paroles heurtent les tympans, s’enchevêtrent avec la fumée et tapent sur les nerfs, ruinant ainsi toute forme de repos … Ces cafés maures !

A quand naissent des cafés littéraires, philosophiques pour déclasser ces dépotoirs de malaises d’une société atteinte d’un strabisme multidirectionnel : politique, religieux, cultuel et .à quand des espaces non fumeurs, sains, calmes pour guérir les âmes, pour une vraie détente.

L’esthétique de l’espace urbain est méconnue, les responsables, font des descentes de temps à autre pour faire reculer les chaises, pour quelques jours.

Par un effet miraculeux,l’espace est recolonisé par les buveurs de noss-noss,les fumeurs en chœur qui n’hésitent pas à dévoiler les femmes,et peut être ,ils les déshabilleraient en fantasmant et en mangeant des pépites quel horreur !

Le désordre dans les terrasses ,les rues piétonnes, dans une ville que l’entropie croissante l’a transformé en grand village ou un immense faubourg où les hommes , les bêtes et les charrettes se côtoient au vingt et unième siècle.

* Première publication sur le site, décembre 2010
COMMENTAIRES

Commentaires reservés aux membres ahfir.com





samirdehmej
23/09/2018
أخبار أحفير و الضواحي
samirdehmej
22/09/2018
العميد الممتاز رابح الداودي ... أثناء مناقشته لأطروحة الدكتوراه .
elmoumni
21/09/2018
نوار الدفلى
samirdehmej
22/09/2018
تفاصيل مقترح الدعم المخصص للجمعيات بأحفير.
admin
21/09/2018
متابعة لموضوع المطالبة بحافلة النقل المدرسي بأغبال