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10 01 2017 - 10:55


 

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Ftes ciel et cur ouverts

Aprs une longue journe darde par un soleil qui faisait fondre les rves et le bitume, les lments de la bande commencrent se rassembler. Yahya, Belad, Miloud, Mohammed le sinistr, Fils et beaucoup dautres, prenaient place Guirado . On se racontait des blagues, tramait des piges pour les retardataires et les absents, planifiait lordre du jour de notre nuit.

En claireurs, nous comptions les guirlandes quon appelait Lambate (les lampes), en mmorisant les lieux tels des oiseaux cachant des graines pour les dterrer, une fois lhiver install. Nous connaissions les rues par cur, la manire dun taximan Parisien ou dun gondolier de Venise. Certes nous ignorions la rue Le Mouffetard, rue moyengeuse qui, en pente assez forte, mne Notre Dame. Mais on savait dj que Paris a deux rives ; excepts, les vomis de la caserne, car ctait au collge o on faisait rpter cela dans des leons dlocution.

Les membres de la bande exclus ont toujours eu tort, ils taient le tort lui-mme selon les Feus cracheurs, les tortionnaires qui utilisaient parfois le courant lectrique pour nous supplicier ou faire sortir les dmons ou des secrets de La Bande Bader ; quel intgrisme pdagogique ! la pdagogie de lintgration navait pas encore vu le jour.
Plus tard, jai dcouvert que ses fous navaient rien dans la tte, mais leur cur tait plein de haine et de rancune. Curs de roc, Soyez maudits autant que les kleb ont march pattes nues, autant quil a plu et sest clairci. Maudits jusquau jour o on trouvera lArche de No.

Une fois le dner aval, tous les lments de la bande se rassemblrent Guirado que nous quittions aussitt pour aller nous confondre avec dautres dans la foule dj attire par la rue enguirlande, aurole, illumine jusqu la batitude, comme un saint merveilleusement peint sur des fresques de Michel Ange.

Une vieille dame sempara dun Bendir. Silencieuse, elle tournait, foulait le sol des quatre coins du lieu festif, jetant des morceaux de sucre et l, pour faire fuir les mauvais esprits, sacraliser la fte ; on dirait un rite des Mayas. En fait les mauvais esprits, les dmons ntaient que des solards et des malfrats ; des gens ensorcels par une fausse sainte, qui aurait accroch leur sort entre ciel et terre.

Que la veille (Taqsira) commence ! Cheikh Ahmed lance le chant, sa flte bicorne expire des airs solennels dignes dun silence religieux. Les esprits se calment, prts se partager de bons moments festifs et indlbiles. Le crieur(albarrah),en troubadour joliment habill, scandait les patronymes, haute voix,l a tte releve, la main tenant le billet vert ou marron, dirige vers le ciel, comme sil invoquait des constellations et des absents qui sont partis trs loin.

Une fois que le Hidouss, Le KantJaya ou un Lalaoui, commencrent retentir, les Bendirs rsonnent, les tympans vibrent, les cous sallongent, les oreilles se tendent et lme se fragilise. En marge de la veille , des vendeurs de limonades lgrement rafrachies par des restes de sacs de sucre, imbibs deau pas trs claire, trempaient des bouteilles de diffrentes marques : des Judor ; Kawthar, atlas orange, mistral, Malik annana (le roi de la menthe) dans des bassines en fer, prcurseurs des lave -linges pour les montagnards qui visitaient trs peu la ville ils commandaient la boisson en annonant la couleur : jaune rouge ou noire.

Nous prenions des qrads (quelques pices) de figues de barbarie en guise de dessert, chez kader, Kouider, Belad ou Slimane mais Jamais Chez Maxime, car Paris tait loin, on ne sentait ses effluves que dans les bonbons et les 404 feux rouges criards, dcores par un joli lion accroch au bon milieu de la calandre. Deux heures du matin, dj !

Entracte ! quelques ivrognes tentaient le coup de semer le trouble, en terrorisant les femmes par leurs sales gueules de gueux et de traverses en courbe sinueuse, vitant la cruche et les braseros. En un clin doeil. des terrass ( des hommes viriles) tenant des battes et des matraques de Zebbouj (olivier sauvage) dures et noueuses entrrent en lice; des armes trs efficacesquelques coups entre les paules, et le feu fut teint. La fte pouvait continuer.

En bande de renards frugivores, guids par la pleine lune, nous regagnmes loliveraie (le Zitoun), pour voler des amandes sches, car au milieu de loliveraie, bordant une belle alle, salignaient de beaux amandiers ; nous savions que Dieu nous voyait, on la lu dans un manuel darabe, mais nous, on ne volait pas des raisins. En ralit on ne volait pas, on cueillait juste ce quon pouvait manger ; et ctait sur des terres rcupres.

Vers trois heures du matin, accompagns dAl manqoub (le sinistr), nous changions de cap. On se dirigeait vers une autre rue, question dassister au dclin dune veille de chioukhs qui prsentaient toujours leur spectacle en posture de Yoga, tous assis, sauf le Berrah. La rue coupe la circulation par des madriers et de longs bancs lous respectivement chez des apprentis tcherons et des grants de cafs. Des nappes dAlfa, ternes et crasseuses, droules pour la plbe, des couvertures en satin de laine, pour les majeurs friqus et invits, qui attirrent par leur argent, une danseuse habille comme une sirne.

Avec des coups de hanches synchroniss avec la lumire et le son, en saidant de Satan et des reflets de son corps, elle ensorcelait les hommes maris sous le regard des mres et des pouses : on dirait quelle sortait tout droit dun conte de mille et une nuit. Ce ntait pas le Moulin Rouge, mais avec le fantasme, des veilleurs et des voyeuristes tramaient chacun sa manire, sa propre histoire.

En teenagers gars nous contemplions les silhouettes de femmes enveloppes dans des haks on dirait des monceaux de semoule, mal claires, entoures de leurs enfants gisants, morts de fatigue. Quelques voisines billrent sur les terrasses, tels des spectres vads de la valle de Kiss. Un vieux de la famille scrutait les lieux comme un suricate, la recherche dun ennemi potentiel qui pourrait nuire au srail. La canne la main, des moustaches denses, des yeux de lynx, une acuit de rapace, le turban lgrement dcal, plein dhonneur et de fiert jusquaux narines, il veille dans les deux sens du mot. Du machisme ancestral.

Laurore approchait, on narrivait pas distinguer le blanc du noir, nos paupires salourdirent, les lanceuses des youyous sendormirent. Le muezzin annona lapproche dAssobh avec des Asbaha walillahi alhamd(louange Dieu,le point du jour ft). Nous quittmes les lieux pour prendre du caf au lait chez Farchach, en regardant dfiler des visages hls par le soleil et les reflets des terres fumantes dt : les gens du Mawqaf o on puisait la main duvre bon march.

Dans cette histoire, notre ami le sinistr (Almankoub) est notre mmoire : ma propre histoire ne vaut pas la peine dtre raconte, celle dAlmanqoub suffirait.

Les nuits blanches, cafs ferchach, zouave, Bellou, Zougmari, la charrette dOukacha, la belle rouquine qui tenait des moutons new Market (souk jdid) vous diront

Lalla hlima Almarjia, des femmes, accrochaient leurs linges intimes sur le jujubier sacr pour dcrocher un mari qui ne viendrait jamais, que des rves suspendus !

Des cierges des walis (saints) clairaient les morts. Des fous et quelques chiens errants rodaient, se rincrent les yeux et les museaux sur le talus colonis par des touffes de pquerettes et de marguerites.

Souviens-toi, saint-forgeron (Sidi Ahmed ALhaddad), gent fleuri, oliviers bnis te rappelleraient mon mirage toujours souriant, qui sest clips une nuit dt.

Salut cher Mohammed le sinistr, toi quon ta priv de lamour dune mre qui a tant souffert de ton absence, pourtant Oran ntait pas loin et nous tions tous des collgues, mme si tu botes encore, ta mre serait joyeuse l haut, prs du Grand Misricordieux.

Abdellah Louaradi





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