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Le troubadour

- Par abdellah louaradi
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13 02 2016 - 11:57


 

Vers quatre heures de l’après midi, notre troubadour inaugure sa «Halqa» : Les épopées pouvaient commencer. Les Talha, Zoubeir, Sidna Ali qui faisait ravage dans les rangs des dénégateurs et les impies, avec sa fameuse épée à double tête et double tranchant, le sang coulant des rivières, arrivant jusqu’au genoux, on n’avait qu’à croire ou douter. Au cours de la narration, le cheïkh, par des pauses très bien choisies, nous laissait en suspens.

Tf1, M6 ; Aljazira,…nous matraquent chaque jour avant les JT, ou en plein milieu d’un télé-feuilleton ou d’un magazine, Pub oblige. Consommez citoyens du monde sinon, vous n’existeriez point ! Nous faisant souffrir ses ogres, ses prêcheurs de la consommation abusive et ostentatoire. Par des incitations, de la suggestion ; moyennant un phénomène d’individuation qui crée un bien être synonyme d’un faux bonheur.

Notre Cheïkh et confrères, savaient manier ces principes : Pour rester du côté des vainqueurs, aller au paradis, échapper au courroux de Dieu et des «Walidines» (parents), ou attendre le sort de Saïf Dou Yazan, ou autre héros légendaire, on ne devait point quitter la Halqa. Sous l’effet de la foule et ses regards, d’une crainte intérieure, d’une autosatisfaction, on maintenait le cercle parfait.

Par les gestes majestueusement exécutés par le cheïkh, le regard perçant de rapace errant dans les hauteurs de Taghadjirt, sa barbe blanchie par le temps, légèrement teintée de gris, on dirait un projet de philosophe avorté. Par tout cela nous étions ensorcelés, retenus comme des accros cathodiques d’aujourd’hui. D’une voix sublime et poétique, il nous prévenait : Que va-t-il se passer ? Silence…

Les apôtres, sont encerclés par l’ennemi, l’auditoire retenait son souffle, la salive sécha dans les bouches, les sentiments et la compassion voyagèrent dans le temps, le cheikh ajouta des «Ya Habibi Ya Mohammed» comme pour assaisonner un plat descendant droit du paradis. D’un coup sec, le troubadour jeta sa canne noueuse, souffrante du poids du temps et de la suffisance morale et répliqua ; «le soir tomba, les vœux du bien cherchaient refuge» et demanda à l’auditoire de payer quelques dourous, pour continuer. Il tournait en rond comme un cheval de manège, toujours le même ; une icône.

En recevant des pièces souvent jaunes (quatre dourous) comme ses moustaches embaumées, jaunies par la fumée des cigarettes «casa sport»,(du mauvais tabac bon marché) toujours associées à des tasses de café corsé aromatisé au poivre et à la cannelle, notre cheikh répétait inlassablement : «Pour l’amour d’Allah, Allah te récompensera» ; un refrain qui résonne encore dans notre mémoire collective.

Une fois l’épopée terminée, la foule éclata, les rêves et les fantasmes descendirent sur terre, les individus revêtirent leur peau et se dispersèrent dans les parages. Le soir venu, le noir et la pénombre enveloppèrent la place du marché. Dans des baraques acculées au mur, des gargotiers servaient des «délices» : sardines frites, des Maâkouda (croquettes à base d’œufs et de pomme de terre), de la sauce piquante pour tout le monde, c’était le menu perpétuel, bien avant l’avènement du big de Mc Donald. Si par hasard quelqu’un avait une indigestion, la faute était attribuée à l’estomac du client ; jamais au gargotier qui savait même jouer à la belote.

Pas très loin AGGA, un vieux, atterri au souk, venu de nulle part, dressait sa table de casino de rêve, pliable, éclairée d’une lueur expirée par un quinquet, de loin on dirait une étoile naine en fin de carrière thermonucléaire ; des joueurs alléchés par le gain misaient en attendant que le vieux jette le sort après avoir bien remué le dé dans un pot en métal.

Juste à côté, entre les deux halles, comme dans un No Man’s Land : les jambes tendus, le dos contre le mur, il périssait lentement comme une plante déracinée ou une blatte écrasée, ne pouvait devenir plus qu’un hère, agonisait en public en bon catholique, était musulman croyant, portait un nom prophétique, c’était Albachir «Lève-toi» un pionnier SDF.

Pour écouter Rimitti,Tinissani, Boutiba,il fallait prendre un café chez Amar Zouave qui hébergeait des moissonneurs venus de loin, devenus tous semblables, sculptés par le temps et la fatigue, métamorphosés, des pionniers du «Tazakhastan» ou d’ailleurs, charriés par la misère, dormaient profondément sans jamais rêver, les piqûres des puces les titillaient, car leur peau était durcie telle une peau de chèvre tannée, séchée au soleil, récupérée après le baptême d’une fille non désirée au pays des machos et du crime d’honneur.

A la mémoire du troubadour et des moissonneurs inconnus.

Abdellah Louaradi

* La photo est copiée de la page-Facebook du groupe "Le café littéraire-Ahfir", Driss Louaradi et Chikh al Mahi "Allah yarhmou"




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